Notre lettre 1419 publiée le 25 September 2026
OUI MGR AVELINE, COMME VOUS,
NOUS VOULONS LA COMMUNION !
A l’approche de la visite du pape en France, la presse joue son rôle en donnant la parole aux différents responsables ecclésiastiques. Tribune dans Le Figaro de l’évêque de Nanterre, Mgr Matthieu Rougé ; interview dans La Croix du nonce apostolique en France, Mgr Celestino Migliore ; entretien croisé dans Famille Chrétienne entre le sondeur Jérôme Fourquet et le porte-parole des évêques de France, Mgr Pierre-Antoine Bozo ; confidences dans Paris Match du proche ami du pape, le père Alejandro Moral, pour ne citer que ces exemples.
C’est dans ce contexte de frétillement médiatique que le président de la conférence des évêques de France se trouvait, le dimanche 13 septembre dernier, sur le plateau de l’émission religieuse de CNews En quête d’Esprit. Mgr Aveline, qui est aussi le cardinal archevêque de Marseille, a pu ainsi dévoiler aux téléspectateurs à la fois sa bonhommie chaleureuse en même temps que sa proximité avec Léon XIV. Sans lui et le lien qu’il a su tisser avec le successeur de Pierre, il n’y aurait sans doute pas eu de visite du pape en France du 25 au 28 septembre prochains.
Désir d’unité exprimé par les fidèles
Tout voyage apostolique de Souverain Pontife est l’occasion pour l’Eglise locale qui l’accueille de faire un état des lieux, de dresser un bilan. Quel est son dynamisme ? Quels sont les défis qui se présentent ? Les forces et les faiblesses en place ? (voir notre Lettre n°) A l’image d’un saint examen de conscience qui n’aurait d’autre but, pour celui qui s’y soumet, que de s’améliorer à l’avenir : mieux faire le bien, éviter davantage le mal.
Dans cet esprit d’inventaire de l’Eglise de France, le journaliste Aymeric Pourbaix, qui anime l’émission, n’a pas craint de mettre sur la table le sujet de la liturgie traditionnelle et d’interroger le cardinal Aveline sur le désir de communion qui traverse la base, les fidèles de la nef, le fameux peuple de Dieu. « Comment faut-il que les évêques répondent à ce désir d’unité à l’intérieur même de l’Eglise qui est beaucoup exprimé par les jeunes, (…) unité entre des communautés attachées à la liturgie traditionnelles, les autres aux mouvements charismatiques, celles issues de l’immigration, plus populaires, les paroisses rurales, etc., ce désir très fort qui semble-t-il vient du terrain ? » Entre les lignes, ce que cherche à souligner Aymeric Pourbaix auprès de Mgr Aveline, c’est l’incompréhension majoritairement partagée des fidèles de toutes obédiences devant les restrictions, la marginalisation et l’ostracisme dont sont l’objet les traditionalistes de la part de la hiérarchie ecclésiastique. Aymeric Pourbaix appuie son propos en évoquant le fameux courrier du pape adressé aux évêques de France en mars dernier par le cardinal Secrétaire d’Etat, Mgr Parolin. Dans cette missive, était reconnu au plus haut sommet de l’Eglise la dynamique de l’écosystème traditionnel, « la croissance des communautés liées au Vetus Ordo ». Mgr Parolin au nom de Léon XIV invoquait l’Esprit-Saint afin de suggérer aux évêques de France « des solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo ». (voir notre Lettre n°1353)
« Même si on avait essayé d’aménager les abords de la porte, la plupart sont arrivés par la fenêtre » Cardinal Aveline
Le cardinal admet au cours de l’émission qu’effectivement le mouvement des retours à la foi que l’on observe aujourd’hui en France s’explique en grande partie par un désir de radicalité (au sens d’une aspiration aux racines) devant le vide spirituel que propose la société actuelle. Avec transparence, il admet que ce mouvement est une surprise, d’autant qu’il dure. Et d’analyser le phénomène de ces conversions de la façon suivante : « Pour l’Eglise ce n’est pas un motif d’orgueil parce qu’on voit bien que même si on avait essayé d’aménager les abords de la porte, la plupart sont arrivés par la fenêtre. Et puis, ce n’est pas un motif d’orgueil non plus parce que l’on voit bien qu’ils sont venus par des chemins que nous n’avions pas balisés. Mais c’est un motif d’action de grâce profond. Et il y a quand même un lien entre la pratique humble de la vie ecclésiale, c’est-à-dire l’humble humus de la prière du peuple de Dieu et le travail de l’Esprit-Saint. »
Comme nous rejoignons l’observation du cardinal Aveline : « Même si on avait essayé d’aménager les abords de la porte, la plupart sont arrivés par la fenêtre » ! En effet, depuis le concile Vatican II et le chaos révolutionnaire qui s’en est suivi (voir le livre de doléances aux évêques de France Les fumées de Satan, André Mignot & Michel de Saint Pierre, La Table Ronde, 1976 ou encore La blessure, Jean-Pierre Dickès, Clovis, 1998), quelles sont en effet les forces vives de l’Eglise en France qui ont été inspirées ou soutenues par la hiérarchie ? Les Scouts d’Europe, la communauté Saint-Martin, le MJCF des années 70 et 80, les écoles hors-contrat créées par des parents et le vivier de vocations qu’elles constituent, le pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, les pèlerinages traditionnels régionaux comme Feiz e Breizh en Bretagne, Nosto Fè en Provence, Dex Aïe en Normandie, Arrebastir en Gascogne : toutes ces initiatives allant du classique au traditionnel se sont développées, au mieux dans l’ignorance des évêques, au pire malgré leurs bâtons dans les rouages… Ces fidèles remplis de zèle « sont venus par des chemins que nous n’avions pas balisés » reconnaît Mgr Aveline. La vérité oblige à rajouter hélas, que ces convertis en soif de radicalité ont empruntés des chemins qui non seulement « n’étaient pas balisés » par les évêques de France mais qui, en outre, étaient minés par certains d’entre eux pour les décourager de les emprunter !
Avec justesse, le président des évêques de France évoque ces convertis « ces jeunes qui arrivent, beaucoup ont eu des histoires chaotiques, ils ont trouvé dans le Christ un sens, un roc, une paix, un frère. (…) Ces jeunes cherchent des choses qui nourrissent leur foi. »
Et quel est l’objet de leur quête ? Quelle nourriture substantielle cherchent-ils ? L’archevêque caractérise trois points majeurs : le silence, la beauté et le sens du mystère. « Le silence, ‘‘en toute vie, le silence dit Dieu’’ » précise le cardinal Aveline en citant un extrait de l’office divin. Et d’ajouter : « Ils cherchent aussi la beauté » comme remède à la laideur dont la société nous entoure. Enfin, « Ils cherchent aussi le sens du mystère, quelque chose qui dépasse le sens des paroles qu’on peut prononcer. »
Autant dire qu’il s’agit précisément là du triptyque correspondant en tous points aux atours mais surtout à la mens de la liturgie traditionnelle. Le silence comme remède au bavardage si caractéristique de la nouvelle liturgie, à tel point que l’on pourrait dire habituellement du prêtre présidant les célébrations nouvelles, ce que Francis Blanche/Maître Folace dit des marins dans Les Tontons flingueurs : « C’est curieux chez ces célébrants ce besoin de faire des phrases ».
La beauté qui se traduit dans la messe tridentine par les ornements soignés certes, mais plus encore par un ordonnancement précis de cérémonies où se manifeste clairement la révérence à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie sur l’autel, par la place du chant grégorien trésor musical de l’Eglise qui se situe au-dessus des ritournelles qui se veulent dans le vent et qui se trouvent aussi vite démodées…
Enfin, le cardinal Aveline recourt à une merveilleuse formule pour définir la recherche du sens du mystère chez ces personnes en quête du Christ : ils cherchent « quelque chose qui dépasse le sens des paroles qu’on peut prononcer. » N’est-ce pas là justement tout le sens de l’usage de la langue latine dans la sainte liturgie ? Les nouveaux venus, qui ne sont ni théologiens ni grands savants, pressentent avec l’innocence des commençants que derrière ces paroles latines, incompréhensibles en apparence, se cachent en fin de compte un mystère sacré de vérité. Cette humilité dans l’usage d’une langue cultuelle leur suggère précisément qu’ils se trouvent ailleurs, dans une enceinte où le profane n’a pas sa place, où c’est Dieu qui dirige. Et cela les bouleverse.
Et le cardinal de conclure ces trois points par une parole pleine de transparence et à laquelle on ne peut, hélas, que souscrire : ces nouveaux commençants « cherchent tout ça et ils le trouvent comme ils peuvent… » et de conclure par une note d’ouverture qu’il y a dans ce triptyque « effectivement, un ferment possible de plus grande communion dans l’Eglise ».
Nous, fidèles attachés au Vetus Ordo nous aspirons à un vrai dialogue
Oui tout le drame se trouve précisément là, dans cette double remarque : les oubliés de l’Eglise cherchent le silence, la beauté et le sens du mystère « comme ils peuvent ». Car de publicité pour la messe traditionnelle, le cardinal Aveline sait bien qu’il n’en est point faite de façon institutionnelle. La grande majorité des évêques se sont montrés réticent à suivre les recommandations de Summorum Pontificum et se manifestent animés d’un zèle insoupçonné pour appliquer Traditionis Custodes. Alors oui, les pauvres trouvent à se nourrir comme ils peuvent… Quant à la communion, les fidèles la désirent mais pour cela faut-il encore qu’un véritable dialogue se dessine. Oui, parlons-nous Éminence ! Partageons nos joies et nos blessures et mettons sans peur et sans fausse pudeur la question liturgique sur la table. « Mais il ne faudrait pas confondre communion et simple juxtaposition » prévenez-vous Aymeric Pourbaix et ses téléspectateurs. Mais Eminence, en vérité, pour le moment c’est surtout la marginalisation et la persécution dont nous faisons l’expérience. Croyez-nous, une « simple » juxtaposition nous paraitrait déjà moins inconfortable, mais bien évidemment c’est la communion à laquelle nous aspirons. Une communion dans le respect du droit d’être attaché au Vetus Ordo sans qu’il nous soit fait de mauvais procès à l’image de votre confrère Mgr Eychenne (voir lettre n°1410)
Présent sur le plateau d’En quête d’esprit, Jean-Marie Guénois, rédacteur-en-chef au service Religion du Figaro et vaticaniste reconnu, remarque avec à propos « combien le sujet de la liturgie est un sujet traumatique dans l’Eglise de France ». Selon lui, Léon XIV prendrait ce sujet très à cœur, ce dossier serait sur son bureau et son « voyage en France devrait apporter des réponses, en tout cas une écoute de ce sujet sensible ». Que Dieu l’entende.
Durant son entretien sur Cnews, le cardinal Aveline en vient à citer un prêtre lyonnais, Jules Monchanin (1895-1957), ardent militant pour l'œcuménisme, lié à l’abbé Paul Couturier, à l’initiative de groupes de dialogue d'avant-garde avec les marxistes, ami intime du Père de Lubac, fréquentant Picasso, Cocteau et Max Jacob, passionné pour le judaïsme, le bouddhisme, l’islam, le monde noir des religions polythéistes, le monde de l’athéisme contemporain ou encore le communisme...
Éminence, en citant ce Père Montchanin, vous disiez : « Les vies stériles sont celles qui n’ont pas su choisir ». Avec la foi innocente de brebis habituellement méprisées par l’autorité ecclésiastique, nous nous adressons à vous : Éminence, choisissez le courage du dialogue et de la rencontre ! Mettez à votre table des fidèles habités par l’amour inconditionnelle de la messe traditionnelle et de l’écosystème qui lui est lié. Parlons-nous Monseigneur, nous avons tant à nous dire.



