Notre lettre 1356 publiée le 13 avril 2026

Y A-T-IL UN PILOTE CATHOLIQUE DANS L'AVION ?

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE
En fixant aux premiers jours de juillet 2026, avec ou sans l’aval de Rome, le sacre de nouveaux évêques, la FSSPX a posé, face aux errances vaticanes, et à l’inertie prévisible des services un acte de gouvernement. La Fraternité dont Rome valide les confessions, et contraint les évêques diocésains à valider les mariages, a perdu deux évêques parmi les quatre qui furent sacrés en 1988 par Mgr Lefebvre, l’un par décès, l’autre par dissidence. Elle entend, pour sa mission catholique, n’en déplaise à Rome, les remplacer, voire anticiper de nouvelles défections.

Le Pape Léon XIV n’a pas fait connaître ses dispositions vis à vis de la nécessité alléguée par Ecône. Loin de la charité que l’on attend du Souverain Pontife, l’enjeu dépasse la « tolérance à l’ambiguïté », ou encore les nerfs d’acier qu’on attend d’un chef digne de ce nom. Depuis son élection au printemps 2025, aucun signal de rectification des violences bergogliennes n’a pu être observé, et le milieu composite des fidèles en attente d’un retour au catholicisme bi-millénaire se morfond.

Depuis Vatican II, une nouvelle religion s’est installée à Rome, dont l’objectif n’est plus le Salut des âmes, mais la fraternité universelle. Une nouvelle « lex orandi » a évincé l’ancienne, sacrificielle, propitiatoire, salutaire, l’interdisant par intimidation, et non par voie juridique, inexistante. Le Concile « pastoral » proscrivant désormais toute condamnation des hérésies et déviances diverses, s’est autorisé sans crainte les hérésies et autres déviances dont les tenants n’avaient plus à redouter la sanction. Il s’avère que la promotion des évêques, devenus par la simple affirmation du chapitre 27 de Lumen Gentium, « vicaires et délégués du Christ », furent frappés, selon l’expression de Jean Madiran, de collapsus magistériel, et ramenés, de facto, à la condition des « ronds de cuir » campés par Courteline.

Diverses initiatives d’esprit pacifique tentent, depuis peu, d’offrir leur médiation entre la FSSPX et Rome. Face au cardinal Prévost qui réclamait la démission de Mgr Rey, pour cause d’ordinations multiples, est-il réaliste d’espérer que, devenu Pape, il soit sensible aux intérêts légitimes de la FSSPX, dès lors que les fidèles du diocèse de Fréjus-Toulon, soutenus par un clergé abondant, ne lui suscitaient que dédain et, au mieux, indifférence. La stérilisation des diocèses est devenue implicitement la feuille de route des ataxiques « vicaires et délégués du Christ ». Pourquoi la FSSPX échapperait-elle à la loi commune, celle du sabordage ?

Rome a confondu, en 1988, la loi du Salut des âmes avec la discipline ecclésiastique. La désobéissance au Pape en errance, par tyrannie au nom d’un concile ayant proscrit la tyrannie, a été assimilée à une désobéissance au Christ. Or, la création de l’ensemble Ecclesia Dei a permis la régularisation, et la satisfaction des réclamations liturgiques, de tous les prêtres qui ont accepté de se dissocier de la FSSPX, alors qu’ils conservaient, tout comme la matrice stigmatisée, la même religion et la même liturgie traditionnelle. Pour rester catholiques, en se référant à l’enseignement constant, et non à la gnose conciliaire. Une critique constructive du concile Vatican II étant concédée aux uns et interdite aux autres, la nébuleuse Ecclesia Dei et sa juridiction d’exception finira par disparaître en 2019.

L’extraordinaire fiasco postconciliaire dans les pays de vieille Chrétienté était-il la cause finale de l’assemblée réunie à Vatican II, ou la matière d’une déception sans limite ? Si « Dignitatis Humanae » a fait disparaître la religion d’État dans ces mêmes pays, et le culte public du à Dieu, sinon dans de modestes principautés, qui s’en plaint publiquement parmi les « successeurs et délégués du Christ » d’aujourd’hui, à commencer par l’évêque de Rome ? Oû est le schisme, interroge l’abbé Jean Michel Gleize, quand le Pape en personne, friand d’inter-religion, fait chorus avec les zélateurs d’un Dieu unique, oubliant qu’il est censé être le Vicaire du Christ, Verbe du Père ?

Les tenants d’une obéissance inconditionnelle au pape régnant, à la façon de l’abbé Jean François Guérin, fondateur en exil de la Communauté Saint Martin, pour qui, sous Paul VI, suivre la Messe dite de Saint Pie V « mettait en jeu le Salut Éternel », montrent la méprise qui les piège. L’obéissance est une vertu seconde par rapport à la vertu (cardinale) de justice. Quel est l’effet d’une justice exacte ? Comme le dit Notre Seigneur à l’apôtre Philippe : « Qui me voit, voit le Père ! ». Mais qui voit le Christ derrière un Pape trompeur ?

Devant le diktat chinois, le Pape régnant a plié, au détriment de l’Église chinoise persécutée. Il s’exécute, et valide le nom d’un épiscopable imposé, le désignant « successeur et délégué du Christ » ! Excusez du peu ! S’il s’agit d’un forfait, l’auteur du forfait en répondra devant le Juste Juge, mais s’il faut y voir un geste de paix, pourquoi la FSSPX n’aurait elle pas droit à un geste de paix, en voyant validés ses candidats, dont la vraie foi catholique de toujours n’est pas, elle, douteuse. Du reste, l’évêque « gouvernemental » concédé à la Chine a-t-il seulement la foi conciliaire, celle de Léon XIV ? S’il n’est pas nécessaire d’avoir la foi conciliaire de Léon XIV, au nom de la paix, pourquoi les candidats de la FSSPX seraient-ils récusés ? Par le fait du Prince ? Mais lequel ?

Le clivage fondamental se précise au fil des ans, malgré le maintien officiel du Credo, du Notre Père, et des dix commandements, trois textes appelés traditionnellement « connaissances nécessaires au Salut », en sus du baptême, sauf ignorance invincible. En pratique, il y a ceux qui, formés par des clercs loyaux, ont appris un catéchisme exact. Ceux là savent que l’universalité du Salut est un piège du Malin. Et puis il y a ceux qui, mus par l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, n’ont cure ni des fins dernières, ni d’offenser Dieu. Pour ceux là, auxquels le chapitre 48 de Lumen Gentium ajoute « les serviteurs lâches et paresseux (Mt 25,26),», il y a « le feu éternel (cf. Mt 25,41), dans les ténèbres extérieurs, oû il y aura des pleurs et des grincements de dents (Mt 22,13 et 25,30).

C’est écrit noir sur blanc au chapitre 48. Mais ne cherchez pas « Enfer » ni « feu éternel » dans l’index analytique. On peut y trouver « Purgatoire », qui correspond aux chapitres 49 et 50 de Lumen Gentium, alors que le mot n’y figure pas. Le texte mentionne un temps de purification transitoire de « disciples » en attente de la béatitude céleste, qui rejoindront le moment venu les élus déjà agréés. Bref, vous l’aurez compris, le chapitre 49 distingue les torchons et les serviettes, à savoir les disciples, préservés du feu éternel, et les serviteurs « lâches et paresseux », qui en subiront la morsure définitive. Mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est la distinction catégorielle entre un disciple et un serviteur. La question doit être présumée byzantine, puisque de facto, l’universalité du Salut est le cadeau de Vatican II, pour ceux qui savent lire entre les lignes, ceux qui ont compris que « la lettre tue, mais l’esprit vivifie ». En somme, toute vie humaine, quelle qu’en soit les lâchetés ou les paresses, est une aventure qui finit bien ! Ben voyons !

Soyons réalistes ! La Chine, c’est une grande puissance, ce qu’à vues humaines la FSSPX ne prétend pas être. Si l’on doit au télescope Hubble, encore amélioré ces dernières années, d’avoir donné, non la mesure, mais l’idée de l’immensité de l’univers, il a aussi dévoilé la modicité de la planète Terre. Mais la singularité inouïe de cette « poussière » est non seulement d’être habitée par des créatures à l’image du Dieu Créateur de toute l’immensité dévoilée, mais encore d’avoir eu le génie de construire un télescope permettant, depuis cette poussière, de voir l’immensité. Pascal l’avait compris et énoncé. L’infiniment grand et l’infiniment petit sont effrayants pour l’observateur humain, et qu’en dirait-il de nos jours au regard des chiffres, mais « par la pensée, je le comprends ». L’esprit dépasse la finitude, pour impressionnante qu’elle soit, du réel observable.

Filons quelque peu la métaphore : La FSSPX sait quel trésor est la Foi Catholique. De même que tous les fidèles correctement catéchisés, et qui cherchent la sainteté, chaque fois qu’ils ont pu
accéder à un enseignement véritablement catholique. Sur le plan de Dieu et le Salut des âmes, la FSSPX, l’ex-ensemble Ecclesia Dei, et tout le clergé épars, fidèle, courbant l’échine contre la doxa d’un Salut bradé sans piété ni repentir, en sait plus que la Chine toute entière et ses vanités. Réciproquement, si, au nom de la paix, le Pape valide les candidats certainement catholiques de la FSSPX, il passera pour un traître à la cause conciliaire, celle qui veut purger l’Église du Christ des catholiques fidèles, et tenter d’en faire la Synagogue de Satan. On lui reprochera de réchauffer la vipère sur le sein. Peut être même le poussera-t-on à la démission. Peut-être ourdira-t-on une déposition à son encontre. Mais foin de craintes virtuelles. Le Christ paraît dormir dans la tempête, mais Il veille, et attend son heure…

En pliant le genou devant les philistins de l’empire du milieu, le pape Léon XIV montre qu’il ne craint pas d’offenser Dieu. Il est donc improbable, sinon impossible, qu’il trahisse le camp de la paix inconditionnelle avec les impies. L’Histoire va donc se répéter, la première fois comme drame, en 1988, et en juillet 2026 comme farce, dévoilant le masque romain d’un serviteur lâche et paresseux. Ce qu’à Dieu ne plaise, assurément !

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