Notre lettre 1373 publiée le 20 May 2026

LA TACA-CATA-TAC-TIQUE DES « RALLIÉS » ?

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE
La tension monte de jour en jour entre les groupes de même religion catholique, et de même attachement à la lex orandi grégorienne, face à l’imminence des sacres du 1er juillet 2026. Si le délai signifié par la FSSPX, entre l’annonce des sacres épiscopaux, avec ou sans l’aval du Pape régnant, permet formellement au Saint-Siège de réagir, positivement ou négativement, dans la recherche qui lui échoit du Bien commun de l’Eglise, d’aucuns pourraient s’irriter que le protocole souhaitable fut plus ou moins malmené, excipant de la forme hardie pour occulter le fond du problème. Au sein du Peuple de Dieu, tous sont égaux, certes, mais certains sont plus égaux que les autres.

Si de subtils tractations diplomatiques avaient été menées, recouvertes d’un silence de cathédrale, nul doute qu’un ukase dirimant eût été signifié à la Fraternité lefebvriste, valant rappel au règlement. La FSSPX a fait savoir son intention de sacrer de nouveaux évêques plus d’un an avant d’en faire l’annonce officielle, en conformité avec sa représentation du bien propre de l’œuvre traditionaliste, elle-même poursuivant les fins de l’Eglise de Jésus Christ dès l’origine. Tout être tend à persévérer dans l’être. Aristote et Spinoza sont d’accord sur cette évidence.

Il est réjouissant de voir qu’Ecône, en bonne politique positiviste, sait identifier ses besoins, et les fait connaître urbi et orbi. Savoir, pour prévoir afin de pourvoir, selon la sage maxime d’Auguste Comte. Le lobby conciliaire, a contrario, laisse l’Eglise à sa décomposition avancée, l’œil fixé sur son inamovible chimère. L’iconie est de règle. Ceux qui dénient l’incurie descendante ceux qui voudraient stopper l’incurie. Qui plus est, le rare haut-clergé qui déplore ce qu’il constate et le fait savoir, se garde bien d’expliquer pourquoi et comment des causes repérables n’auraient pas nécessairement précédé les effets dénoncés. Regretter « l’oubli de Dieu », avec Benoît XVI, ou suspecter « les fumées de Satan » avec Paul VI, c’est invoquer une polarisation transcendante, indéniable certes, laquelle, en protégeant la catégorie des écrivettes défaillants (inutile, lâches, paresseux, malfaisants), dispense de savoir, pour prévoir afin de pourvoir. Bref, de nommer les forces en présence, et les conséquences des combats gagnés, voire perdus faute d’avoir été livrés.

Si Flaubert n’avait pas raillé dans « Bouvard et Pécuchet » la prétention de deux naïfs de reconstituer par leurs seuls efforts le savoir authentiquement recevable de leur époque, on pourrait laisser chacun à un libre examen de toutes les choses vivantes sous l’éther des cieux stratosphériques, sans se soucier des fruits d’une telle entreprise au regard des fins dernières. En pratique, se chercher des maîtres pour construire sa pensée à leur école s’avère tout aussi indispensable que la guidance parentale pour le petit d’homme. Cette transmission n’est pas une soumission. C’est un humanisme en recherche partagée, qui honore ceux qui veulent réfléchir pour comprendre et expliquer le Réel ! Telle est l’exigence que l’actualité réactive étrangement : à quoi peut servir une raison dont on s’interdit l’usage ? Activer ses facultés, est ce dévaloir un orgueil blâmable, par principe ?

C’est le même Pape, Léon XIII, qui imposait le thomisme comme la philosophie chrétienne la plus aboutie, donc la plus précieuse, dans son encyclique « Aeterni Patris » (1892), et qui, la même année, tentât d’imposer aux catholiques français, encore largement légitimistes, un « Ralliement à la République », sans arrière-pensées (!), lequel divisa cruellement les fidèles, lent à divise encore, de fait, plus d’un siècle plus tard. Il est donc légitime de s’interroger sincèrement, personnel, en raison du devoir d’état de chacun. Nous avons un droit naturel à chercher notre bien, et s’il est prudent de prendre conseil, tel le Roi lui-même, nos choix guideront nos actions, dont les fruits seront évalués. Le Vrai diffuse brutalement, les imprudences non dénoncées gérant sans limite de temps.

En ces temps éprouvants où le Saint-Siège scandalise, la politique des ralliés de 1988 mérite l’examen. Entre le ralliement de 1892 et celui de 1988, il y a une inspiration commune, celle d’un déni historique par l’autorité, religieuse en l’occurrence. En 1892, la République française, intrinsèquement hostile aux rois et aux prêtres, préoccupée de rationalité et de morale, pouvait-elle oublier ses propres fins au motif d’une adhésion des catholiques à leur propre sabordage, par soumission religieuse ? En 1988, Ecclesia Dei concédait un statut à des catholiques hostiles à Vatican II, pourvu qu’ils renient la FSSPX et la dette contractée auprès d’elle, tout en acceptant de taire leurs arrière-pensées anti-conciliaires. La boucle sur la responsabilité du Concile dans la débâcle ecclésiale qui lui fit suite. Savoir, prévoir les dégâts, sans s’exprimer sur le funeste Concile. La vérité historique sur ces deux contresens, dont l’occultation procède d’une abdication du besoin de sens et du droit à l’expression responsable, reste à construire, par une patiente et loyale instruction. Laquelle postule une liberté de dire le vrai dans tous ses aspects, en toute responsabilité.

Les ralliés de 1988, année dont date l’acte de naissance de leur regroupement, conservaient-ils le droit élémentaire d’avoir une histoire propre à chacun, préalable à l’ordination sacerdotale, rendant hommage à l’évêque de leur ordination, bref quelque parcours de fierté légitime, et une dette de piété indissociable ? En contrepartie de la visibilité ecclésiale, dont ils firent une victoire, pourquoi ont ils accepté l’indigne bâillon ? Que s’est-il passé entre 1959, annonce de Vatican II, et 1966, année des défroquages en masse et de la désertion des fidèles du rang, qu’il fallut taire comme un secret d’Etat ? Rien qui vaille d’être appris, analysé et compris ? Face au silence imposé, ce sont, à l’exception de la FSSPX et de prêtres libres comme l’abbé de Nantes ou l’abbé Raphaël Wilgen, et quelques autres, les travaux du laïc Guillaume Cuchet qui ont chiffré l’effondrement, tandis que ceux du laïc Roberto de Mattei en détaillent la chronique implacable.

Le totem conciliaire est mourant de sa propre perversité, et ne pédure que par le pouvoir perverti qui s’en réclame. Le tabou qui interdit, à défaut d’autopsie, tout travail salubre de vérité corrompt encore trop d’esprits de bonne volonté, lesquels s’interdisent tout droit de regard et d’inventaire sur le réel du désastre. La taca- taca- tactique des ralliés est la même que celle du gendarme, c’est d’être constamment à cheval sur le règlement. L’indignation quant à quelque mutilation consentie ne s’arrête pas au coût notre nature déplore plus haut. Elle redouble de voir les dhimmis flatter le pouvoir qui les méprise, et s’insurger du courage de ceux qui font un usage légitime de leurs facultés naturelles en distinguant l’ennemi de l’ami, le frère du faux-frère.

Il y a un moment où la revendication d’une pensée personnelle, portée top loin historiquement par de mauvais chrétiens, rappelle aussi que nos facultés naturelles sont des talents qui concourent à la dignité humaine. Nous aurons à en justifier l’usage courageux, voire audacieux, pour la fin ultime voulue par Dieu, celle du Salut des âmes, roi suprême du Droit canonique.

Philippe de Labriolle
Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

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